Pierre Girard

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Extrait de Magazin'Art 14ième année, No 1 Automne 2001

COMME L'OISEAU SUR LA BRANCHE


"Étape migratoire"
Acrylique, 2001 36" x 72"

(...) Vous parlez encore du bucéphale, oui, le plongeux à grosse tête, là, que le père Didace a tué il y a autour de deux ans. Quoi c'est que ça serait si vous voyiez s'avancer devers vous par troupeaux de milliers, les oies .sauvages blanches et frivolantes comme une neige de bourrasque? Quand elles voyagent sur neuf milles de longueur formant une belle anse sur le bleu du firmament, et qu'une d'elles, de dix, onze livres, épaisse de flanc, s'en détache et tombe comme une roche ? Ça c'est un vrai coup de fusil! Si vous .saviez ce que c'est de voir du pays...

Germaine Guèvremont, Le Survenant

Que voilà donc des paroles qui conviennent bien au sujet! Évidemment, il se peut que le Survenant exagère la longueur des volées d'oies, mais pas l'appel des migrateurs à fuir ailleurs ni la beauté qu'ils sèment dans le ciel. Beauté qui a accroché à jamais Pierre Girard le jour où, à 17 ans, lui qui s'amusait déjà à dessiner des animaux s'est retrouvé à une exposition de Jean-Luc Grondin. Le coup de foudre. II en est sorti pour se diriger directement vers un marchand de matériel d'artistes afin d'y quérir tubes, pinceaux, toiles. Son chemin venait de se tracer.


C'était à la fois l'orientation d'une vie et le départ d'une réflexion sur la place des animaux dans la nature, sur son rôle d'humain parmi eux, dans leur vie et dans leur conservation. Oui, Pierre Girard est chasseur et il ne croit pas que les amoureux des animaux devraient s'en offusquer. Dans notre système écologique perturbé, il arrive que l'instinct animal ne suffise pas àcontrôler leur multiplication. Et ils risquent d'en être les premières victimes. Bien des espèces ont changé leur alimentation par la force des choses. Ainsi, devant la rareté des scirpes, les oies blanches se sont habituées au maïs, ce qui fait le désespoir de certains agriculteurs américains au temps de la migration. Elles n'ont pas la sagesse du harfang des neiges qui sait d'instinct que lorsque sa proie nourricière est rare, il doit pondre un seul neuf au lieu de deux ou trois. Comme le coyote aussi qui mesure ses portées à la nourriture accessible dans son territoire. Girard chasse très sérieusement par souci de protection.


C'est à Lavaltrie, à la galerie Archambault qui représente Girard, et devant une de ses créations vraiment à la hauteur du sujet traité, que se sont tenus une partie des derniers propos. Nous étions devant une photoIithographie de Étape migratoire, dont l'original fait 6 pieds sur 3. On a réduit de moitié le tableau pour en tirer un nombre très limité de reproductions. II s'agit d'une oeuvre d'un réalisme troublant. Les bernaches fendent le ciel tandis que les oies se nourrissent au sol non loin d'une cache de chasseurs inoccupée.



"Hiver coloré"
Acrylique, 1999, 20" x 10"

Que c'est touchant d'y voir les quelques responsables de la quiétude de leurs congénères pendant qu'elles mangent. Eh oui, il existe des oies gendarmes qui restent aux aguets, prêtes àsignifier la présence du prédateur et àdonner le signal de l'envol en cas de besoin! Impressionnant instinct. Ailleurs dans la galerie, il nous a été donné d'admirer Territoire occupé, une huile donnant la vedette à un aigle à tête blanche devant lequel l'homme sensible ne peut que remettre en question ses sentiments de supériorité sur l'animal si tant est qu'il lui en reste. Pierre Girard n'a que 34 ans, mais son pinceau est déjà un maître bien sage.


Né en 1967 à Sorel, il peint professionnellement depuis 1989. Il aime passer parfois devant la maison où Germaine Guèvremont a conçu Le Survenant et son grand dieu des routes. Influence laissée par ce roman sur l'adolescent rêveur ? Peut-être. Toujours est-il que Girard chérit particulièrement la liberté qui lui permet de partir sac au dos vers des territoires nouveaux susceptibles d'alimenter sa passion de la nature, de ses hôtes et de la représentation qu'il peut en faire. C'est ainsi qu'en 1994, du jour au lendemain, presque sur un coup de tête, il a mis le cap sur le Kenya. Pendant un mois, il a vécu au paradis des bêtes en liberté, sentant leur territoire, tentant de fixer dans sa mémoire le rythme de leurs déplacements, la couleur de leur pelage et l'expression de leurs visages tour à tour conquérants ou traqués. II en est revenu avec matière à ce qu'il appelle ses tableaux africains. II en a fait une exposition de 20 acryliques, sa technique préférée dans ce genre d'aventure parce qu'elle est simple àtransporter, à composer et à utiliser. Bien sûr, elle a ses contraintes. Mais quel médium n'en n'a pas ? Peutêtre bien qu'un jour il reviendra à l'huile, son amie d'adolescence.




"Prudence"
Acrylique, 2001, 18" x 24"



"Territoire occupé"
Acrylique, 2000, 20" X 24"

D'autres voyages d'étude de la nature l'ont mené aux Îles de la Madeleine et aux Everglades. Ce sont des raisons différentes qui le conduisent presque chaque année en Suisse où il prend quand même le temps d'admirer la course des chèvres des montagnes sur les pentes des rochers. Dans ces circonstances, c'est la musique qui est son centre d'intérêt. II y est autodidacte, comme en peinture. Après tout, les premiers grands peintres et musiciens de nos civilisations n'étaient-ils pas de superbes autodidactes ? Girard n'a pas la faiblesse de sombrer dans la fausse modestie. Selon lui, lesuccès attire ceux qui veulent en profiter. Et il est fier de celui qu'il obtient dans son rôle de basse, depuis 4 ans, au festival du Québec en Suisse, plus précisément à Pully sur les bords du lac de Léman, où une autre faune s'offre à lui.


Si le Survenant a fui le chenal du Moine dès qu'il a eu la tentation d'y prendre racine, Girard ne le fera pas. Sorel et ses îles restent sa principale source d'inspiration. En attendant, il espère que par-dessus les prix et les reconnaissances, il restera de lui plus que des tableaux : des morceaux de vie animale dont il rêve qu'elle sera toujours sauvée de la folie des hommes.


Pierre Girard est représenté par la galerie Archambault, de Lavaltrie. Il est inscrit dans le Répertoire biennal des artistes canadiens en galeries publié par MAGAZIN'ART


 




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